Gino Blandin

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Articles de presse

A propos de quelques Saumurois contemporains du roi René


(Cet article est paru dans le bulletin de la Société des Lettres, Sciences & Arts du Saumurois de mars 2001)


Les Archives municipales de Saumur possèdent, ou plus exactement, possédaient deux documents datant de l'époque du roi René : l'Inventaire de la Maladrerie du Pont Fouchard (1448) et le Terrier de l'Aumônerie (1452). Ces deux registres présentent, entre autres, l'intérêt d'avoir été rédigé avec cinq ans d'écart.


J'ai découvert, par hasard, qu'il y a des personnes qui sont citées dans les deux. Je pense qu'il doit être assez rarissime de rencontrer un même personnage - non célèbre s'entend - sur deux documents différents du XV e siècle. Je pense que cela mérite d'être mentionné.


Le premier document ne nous est malheureusement par parvenu. Il faisait partie des archives hospitalières - c'en était même le plus ancien document - sous la même cote que le Terrier de l'Aumônerie (I E 4). Il se présentait sous la forme d'un registre de trente-quatre folios, relié en parchemin.


Octave Desmé de Chavigny l'a consulté en 1912. Il a en tiré un article intitulé : " Inventaire des Biens, Meubles et Immeubles de la Maladrerie de Saumur en 1448 ", bulletins n° 7 (avril 1912) et n°8 (juillet 1912) de la S. L. S. A. S., d'où je tire mes informations.


Le second document, le Terrier de l'Aumônerie, dont la transcription en français moderne a été réalisée par madame Anne Faucou, a été publié par les soins de la S. L. S. A. S. en 1992.


Dans ces deux registres, nous apprenons que la Maladrerie comme l'Aumônerie tiraient leurs ressources de redevances attachées à des maisons et à des terres à Saumur et dans sa région. Six noms apparaissent conjointement dans les deux documents :


- Maistre Jehan Barbier, prêtre de son état. Il doit à la Maladrerie, à parts égales avec Guille Hubert, la somme de 4 livres tournois et 10 sols pour " unge mayson seans pres l'Eg. St Pierre joigt a la mayson et cave feu Thomas Lemoyne dunge part dung bout au pavement de la grande rue par laquelle lon vait de St Pierre au Chastel et de l'ault bout au pavt de la rue par laquelle lon vait a l'Eg des freres mineurs de Saumur ".


Le Terrier de l'Aumônerie (page 26) nous apprend que le même personnage " a cause de la chapelle fondée en l'église Notre Dame de Nantille sur son jardrin de Chappe Noire joignant d'une part au jardrin du prebistere, d'autre part au jardrin qui est tenu de la chapelle de Saint Jaques, et d'un bout aux vignes de Johan Chasteignier grenetier de Saumur " doit 4 sols. Cette chapelle est sur le fief de Saint Florent.


Plus loin (page 30), nous apprenons encore que maistre Johan Barbier a hérité de Pierre Barbier (sans doute son père), dans le fief de Mazoueil, " une maison, caves, jardrin et aultres appartenances sises au Petit Puy " et pour lesquels il doit la somme de 11 sols 2 deniers.


- Thonin Buchart c'est le prévôt qui a déniché, quelque temps auparavant, un acte, dans le trésor de la chambre des comptes du roi de Sicile à Angers, prouvant que la Maladrerie n'avait pas le droit de prélever la moitié de la valeur des marchandises vendues à la foire de Saint Ladre, le 17 décembre, mais devait se contenter du onzième denier qui était de 2 sols par franc. Résultat, pour la Maladrerie, la recette de la foire a considérablement diminué.


Le Terrier de l'Aumônerie (page 28) nous apprend que ce Thonin Buchart possédait un clos, c'est à dire une vigne entourée de murs, dans le fief du prieur du château près de la rue du Gues.


- Jehan Gaffet possède une maison et un jardin rue de la Chennoistrerie , il est " gardyen de sainct pere de (…) ".


On retrouve ce monsieur dans le Terrier de l'Aumônerie (page 28), on y découvre qu'il est aussi propriétaire, dans le fief du Prieur du château, d'une vigne attenant le clos de Thonin Buchart.


- Guillaume Hubert doit une redevance, qu'il partage avec maître Jehan Barbier, pour une maison proche de l'église Saint Pierre.


C'est de la même maison dont il est question dans le Terrier (page 2). On y apprend que Denis Menart possède un jardin contre le " Boèle du château ", il est longé par la ruelle qui va de la maison de Guillaume Hubert à l'église du château de Saumur.


Le Terrier de l'Aumônerie (page 78) nous fait découvrir que ce monsieur est procureur de Saumur et qu'il possède une vigne dans le fief de Bagneux, sur le bord du chemin qui va du grand dolmen de Bagneux à Montaglan.


- Collas Lizière possède une maison près de la tour carrée de la porte du Bourg, il " faict de pret la marechaussee " ( ?)


Dans le Terrier de l'Aumônerie, le sieur Collas Lizière apparaît pas moins de quatre fois.


A la page 5 : " De Collas Lizière pour les héritiers de maistre Pierre de Ceillons et pour les dis feus Pentins, par raison de leurs héritages et sur les maisons et pressouers du boure Notre Damme et aussi sur la maison du pressoer des héritiers de la femme feu Jamet Defay, joignant d'une part a la cave et jardrin que tiennent de present les héritiers de feu Johan du Mozier et d'autre part la maison et cave de Dahot Grassin et d'un bout le pavé de la basse perrière ". Ces maisons et pressoirs sont sur le fief de Pocé.


A la page 24, nous pouvons lire qu'un certain Johan Helier possède trois quartiers de terre sis en Galmaize qui touchent à la vigne de Colas Lizière dans le fief de Saint Florent.


A la page 73, nous apprenons que l'Aumônerie possède une pièce de vigne au lieu appelé Galmaize et qu'elle touche celle de Colas Lizière, la ruete de Galmaize les sépare.


Enfin, à la page suivante, nous découvrons que l'Aumônerie possède également une terre " seant sur ripviere, joignant d'une part a la vigne Collas Liziere, d'autre part le grant chemin qui tend a aller de Saumur a Varains " sur le fief de Cande.


- Guillemin Nepveu est aussi propriétaire d'une maison dans le quartier de la porte du Bourg. Elle est adossée à l'enceinte médiévale.


Le Terrier nous apprend (page 45) que ce monsieur possède une vigne, dans le fief de Saint Florent, sur le bord du chemin qui va de Saumur à Dampierre. Il l'a achetée à feue Gilette la Laurence.


Plus loin (page 50) il est encore question de la vigne de Guillemin Nepveu toute proche du chemin " loudunays ". Est-ce la même ?


Commentaires


Les six personnes qu'on rencontre sur les deux registres du XV e siècle sont des hommes.


On pouvait s'y attendre, ce sont des notables : prévôt, procureur, prêtre. Pour payer des redevances il faut d'abord avoir des ressources.


Cinq des six personnes possèdent une vigne, ce qui prouve déjà l'importance de la vigne dans la région saumuroise.


Les Lizière


Sur le Terrier de l'Aumônerie on trouve quatre " Lizière ". Outre Collas, déjà cité, il y a un Macé Lizière qui doit être son fils, car c'est ce nom qui a été ajouté à la page 5. Ce qui semble signifier que c'est lui qui acquitte la redevance à la mort de Collas.


Un Guillaume Lizière est mentionné deux fois, mais à titre posthume, pour un jardin dans le quartier de Nantilly et une vigne à Saint-Cyr-en-Bourg.


Enfin, un Jacques Lizière succède à Collin Camus pour payer la redevance pour une " maison, roche et aultres appartenances " dans la Grande Rue à Saumur.


Desmé de Chavigny mentionne également un " feu Jehan Jacquet Lizière " dans l'inventaire de la Maladrerie. Cette personne aurait possédé un " oustel ", c'est à dire une grande maison, dans le quartier de l'église Saint Nicolas.


On trouve, une troisième fois, mention des Lizière du XV e siècle sur un mortier de bronze que possède le Centre Hospitalier de Saumur. Ce récipient pèse une cinquante de kilogrammes, son diamètre est de 43 cm dans sa partie supérieure. En bordure de l'ouverture, a été gravée l'inscription suivante : " Jehan-et-Jacques-lizière-mont-fait-faire + mil-CCCC-LXXIII ". La panse de ce mortier est décorée de baguettes verticales moulurées, séparant des fleurs de lys inscrites dans des losanges. Enfin, les deux poignées latérales sont des grotesques.

On peut en déduire que la famille Lizière jouissait d'une certaine aisance dans le Saumurois du XV e siècle. Aujourd'hui ce patronyme a disparu de la région et de l'Anjou.